I)
LE
MONDE GERMANIQUE DONT SONT ISSUS LES FRANCS 1)
Une culture et une société commune
Le monde
germanique dont sont issus les
Francs, et donc la dynastie mérovingienne, est un monde
nomade, possédant des
comptoirs commerciaux. Ce n'est pas un monde nomade, mais un monde
mobile à
l'habitat relativement léger et presque toujours en bois. La
famille est la
cellule sociale de base, et est sous l’autorité
patriarcale. Le clan correspond
à une ou plusieurs familles, et peut aussi renfermer les
« voisins »,
les amis… jusqu’à 10 000 personnes. La
société germanique comporte trois
strates : l’aristocratie, qui se
considère comme d’ascendance divine et
possède la plupart des terres ; les hommes libres,
aptes à porter les
armes et à participer aux décisions
politiques ; les
« demi-libres », comprenant les
affranchis et les lètes (anciens
prisonniers), les insolvables… et enfin les esclaves.
Régulièrement, une assemblée populaire
se réunit
chaque année, en un lieu sacré et
entérine ou rejète les propositions de
l’aristocratie. En cas de guerre, il est élu un
« chef de guerre »,
nommé Rex par les romains. Ces tribus se composent et se
recomposent alors sans
cesse sous l'action d'autres peuples, de raids des cavaliers des
steppes, de choix politiques.
L'existence de mythes d'origine est donc indispensable
à leur cohésion,
car ils permettent d'occulter, en arguant d'une filliation divine, le
caractère
souvent récent et aléatoire de leur constitution.
Là où les romains apposent la
norme abstraite de droit pour régler leurs
différents, les Germains opposent
celle de l'accord pécunier et de la solidarité
familiale. Ces cultures
germaniques sont sans écritures (si l’on excepte
une écriture à caractère
religieux) et sans monnaies, ce qui ne les empèche pas
d'avoir une agriculture
prospère et un artisanat capable de produire des objets de
qualité. La
violence, la guerre, le sacré tiennent une grande place dans
la vie de ces
peuples. Tout homme libre est un guerrier qu'on inhume avec ses armes,
et le
butin est une source normale de richesses et de pouvoir. Mourir
à la guerre est
le plus sûr moyen d’atteindre le Walhala (la
demeure des Dieux). Des échanges
commerciaux sont établis avec les romains, surtout aux
niveau des limes.
Bien
entendu, tous les Germains ne possèdent
pas le même mobilier archéologique, et des aires
culturelles peuvent être
définies, mais elles ne peuvent être
rapportées à un peuple. Les différents
peuples germaniques reconnus par l’histoire ne se
différencient pas toujours
par des caractéristiques archéologiques, ils ne
sont assez souvent que des
créations artificielles d’historiens ou se
rapportent à des alliances entre
tribus. Les chefs germaniques mis à la tête de ces
peuples lors des guerres,
essayent parfois de donner naissance à de
véritables dynasties royales en se
réclamant d'une ascendance divine légitimant leur
titre.
2)
De l’origine des Francs
Grégoire
de Tours, le 1er
historien des Francs (582 ? – 594) est
demeuré très imprécis
malgrès sa
place de témoin privilégié. A
l’époque où il rédigea
l’ « Histoire des
Francs », la tradition orale voulait
qu’ils soient originaires de Pannonie
(province romaine équivalente à la Hongrie
actuelle). Ils auraient alors
remonté le Rhin jusqu’à son embouchure
avant de s’installer au nord de la Gaule
au 5 ème s. Cette version sera reprise plus tard dans
différents ouvrages qui
préciseront cette légende, allant
jusqu’à faire des Francs, les descendants de
12 000 soldats conduits par Priam et Anthénor, qui se
seraient enfuis de Troie.
Dès la Renaissance, d’autres théories
plus ou moins étayées
proliférèrent.
Aire
de répartition des Germains avant 350
En
réalité, les Germains appartiennent à
la
famille linguistique des Indo-Européens, et sont
attestés par l’archéologie
vers 2500 à 1800 av JC., dans le sud de la Scandinavie et le
Nord de
l’Allemagne. Ils vont ensuite, durant le 1er
millénaire s’étendre du
Rhin jusqu’au Danube, et vers l’est,
jusqu’à la Vistule en Pologne, et le Boug
en Ukraine. Suite à des mouvements migratoires, certaines
populations
germaniques furent repoussées et se trouvèrent
coincées le long du limes romain
de Germania (sorte de rempart séparant l’Empire
romain du monde germanique).
Quelques-unes unes de ces tribus, contenues par
l’armée romaine, et donc ne
pouvant avancer dans l’Empire,
décidèrent de s’allier entre elles afin
de
pouvoir regagner des territoires qu’elles avaient perdu, et
afin de pouvoir
lancer des raids plus fructueux sur l’Empire romain. Ces
ligues guerrières
telles que la ligue alémanique (mentionnée pour
la 1ère
fois en 213)
et la ligue franque (mi 3ème
s.) n’ont pas eu de pouvoir unificateur
et n’ont donc pas donné naissance à des
peuples structurés, comme ce fut le cas
pour les Burgondes. La ligue franque est d’abord
formé par les Chamaves, les
Chattuarii, les Bructères, les Saliens, et
possède une réputation justifiée de
guerriers redoutables et de marins et pirates accomplis. Plus tard, les
Usipètes, les Tenctères, les Tubantes ou des
transrhénan comme les Ampsivariens
les rejoignirent.
II)
LA PROGRESSIVE
GERMANISATION DU MONDE ROMAIN
1)
Germanisation de l’armée et des campagnes
D’abondant
conflits
armés
opposent l’Empire romain aux peuples germaniques,
jusqu’aux années 400, ceux-ci
profitant des moindres faiblesses de leurs adversaires, mais cela
n'empèche pas
les échanges commerciaux de se nouer. Très
souvent, les armées romaines eurent
à repousser les tribus germaines de la rive droite du Rhin.
Au 4ème
s., l’armée romaine commence à manquer
de combattants, et se met donc à engager
des germains voire des tribus entières avec leurs chefs,
tant que le
pourcentage de « Barbares » dans
l’armée atteindra les 50 %. De
nombreux barbares vaincus sont aussi utilisés pour repeupler
les grands
domaines agricoles ravagés. Enfin, de nombreux Francs
accèdent à de hautes
charges dans l’administration romaine.
2)
Installation des peuples germaniques
A
partir de 374-375, l'ensemble des peuples
germaniques se déplace suite à la pression
exercée par les Huns. Ainsi, les
Wisigoths entrent dans l’Empire romain, au niveau de la
Grêce, semant le
trouble de par leur instabilité et malgrès les
traités de paix signés. Au cours
de la fin du 4 ème s. et de la première
moitié du 5 ème s., l'unité de
l'Empire
s'effrite (partage de l'Empire romain en deux entités :
occident et orient),
l'administration se grippe suite à la ruralisation
croissante de la société, l'impôt
rentre mal car trop lourd, les querelles de succession se
multiplient... En
407, l’hiver rigoureux gèle le Rhin, permettant un
passage facile des troupes
germaniques. Celles-ci profitent de la guerre civile entre partis
d’Empereurs
romains pour ravager la Gaule, et pour une partie, descendre
jusqu’en Espagne.
En 410, les Wisigoths mettent Rome à sac. En 418, ils
s’installent en Aquitaine
à la demande de l’empereur Constantius, qui
établit avec eux un foedus.
Ces accords spécifient les termes de
l'installation : concession de terres
cultivées ou d'une proportion des revenus des
impôts, fourniture en blé...
Grâce
à de tels accords, les Saliens
s’installent de Nimègue à Ultrecht et
progressent vers Tongres et Tournai.
D’autres Francs essayent de s’imposer par la force,
mais ils sont repoussés.
Selon Grégoire de Tours, le roi salien Clodion, profitant de
l’abscence de
l’armée de campagne d’Aétius,
aurait dépêché une avant-garde
à Cambrai, battu
quelques garnisons romaines qui y étaient
stationnées, et atteint la Somme.
Après 448, selon Sidoine Appolinaire, ce roi est battu et
repoussé, mais garde
Tournai dont il aurait fait sa capitale.
Pendant
ce temps, le royaume burgonde qui
s’est effondré suite à une attaque des
Huns, est refondé dans le Jura suisse et
français.
3)
Les royaumes germains indépendants
Au
début de 451, une armée de Huns (environ
40 000 hommes) avec à leur tête Attila, et
accompagnée de nombreuses tribus
germaines envahit le Nord de la Gaule, évite Paris et fonce
vers l’Orléannais
où ils sont repoussés une première
fois, avant de l’être complètement
à la
bataille des Champs Catalauniques, le 20 juin 451, où
l’armée
« romaine » est
constituée d’un très grand nombre de
tribus et
royaumes germaniques, comme les Burgondes, les Wisigoths, les Saliens
de
Mérovée… Ce raid a
révélé, si besoin était
encore, l’affaiblaissement de
l’autorité romaine, car ce n’est pas
Rome mais les Germains à son service qui
ont remportés la bataille. A partir de ce moment, les
empereurs d’occident
n’ont plus aucun pouvoir effectif en Gaule.
Les
Francs en profitent pour se tailler des
royaumes dans le Nord. Vers 456, des Francs rhénans
s’emparent de Trèves puis,
sans doute l’année suivante, de Cologne. Entre 459
et 462, ils sont chassés de
Trèves par Aégidius,
général romain qui s’est
proclamé indépendant, mais un peu
plus tard la reprennent. Ils s’emparent progressivement de la
Moselle, des
confins bourguigno-champenois. Vers 475 – 476,
d’autres Francs du Rhin
opérèrent à partir de Cologne vers
Mayence, mais aussi dans la Meuse où ils
entrèrent en contact avec les Saliens. A l’est,
dans les années 470, ils
repoussèrent victorieusement les Alamans avec
l’aide de leurs alliés burgondes.
Mais dès 480, ceux-ci contre-attaquèrent,
semble-t’il avec succès, en direction
de Mayence. A l’avènement, de Clovis, une grande
partie des cités de Belgique I
et de Germanie sont déjà tombées aux
mains des Francs rhénans.
III)
LA
MISE EN PLACE D’UN NOUVEAU POUVOIR
La
dislocation du pouvoir impérial au
5ème
s. s'accentue au point que des généraux barbares
font et défont
les empereurs et que d'autres se trouvent à la
tête de véritables royaumes
indépendants. Dès lors, l'aristocratie
n'hésite pas à pactiser avec les
nouveaux maîtres. Les évêques furent
aussi les grands bénéficiaires de cette
situation. Ils devinrent des personnages publics de premier plan,
relayant les
autorités municipales défaillantes (au VII
ème, l'évêque Didier de Cahors fait
reconstruire les murailles de sa ville), négociant avec les
Germains arrivés
dans la région. Un des axes de leur politique est la
conversion de ceux-ci, en
commençant par les rois. Celui-ci convertit, tout le peuple
suit ordinairement
le chef dans la nouvelle religion. Le roi voit, de cette
manière, son pouvoir
devenir légitime aux yeux des chrétiens et
bénéficit donc de leur appui. Des
mariages associent peu à peu aristocratie romaine et
germanique, dissolvant les
distinctions ethniques et rapprochant les modes de vie.
La
disparition de l'empire de Rome et
la naissance de royaumes barbares, comme ceux des francs, n'a pas
été un
changement radical. Le modèle romain était
très attractif, et les nouveaux
occupants en ont gardés de nombreux
éléments culturaux. Ainsi, la vaisselle
d'argent à l'origine typiquement romaine, va continuer
à être appréciée par les
élites. Le latin ne recule que marginalement, les
hiérarchies sociales (paysans
libres, colons, esclaves, aristocratie), les structures politiques, les
institutions romaines sont reprises à leur compte par les
chefs germaniques. Les
Germains ne sont pas entrés dans l'Empire pour le
détruire mais pour en tirer
profit, par conséquent, l'Europe issue des invasions n'est
pas un champ de
ruine comme on a volontiers voulu le croire.
IV)
LES FRANCS ET LA
DYNASTIE MEROVINGIENNE
Ceux
que nous appellons les Francs, ne se sont constitués en un
peuple qu'au
cours de cette entrée dans l'Empire romain, dans
l'armée
romaine, dans
la religion et la culture romaine. Il faut se représenter un
ensemble
de tribus germaniques aux noms divers, qui peu à peu
s'assemblent
autour de chefs de guerre pour entrer au service de Rome. Le peuple
Franc ne va exister que lorsqu'il y aura création d'un
royaume
Franc.
On
situe le début de la dynastie franque des
Mérovingiens
avec
l’avènement
de Mérovée en 448, et sa fin avec le coup
d’état de Pépin III, et la
déposition de
Childéric III, en 751. Ces quelques 300 ans
d’histoires
constituent une période plutôt troublée
politiquement, mais finalement assez prospère
artistiquement. Le
peuple Franc commence à s’implanter dans
l’actuel
nord-est de la France, dès le 2nd quart du 5ème
s., et
avec Clovis s’installe dans une partie du centre et du sud.
Les rois
mérovingiens (surtout les
premiers) ne sont rois que parcequ'ils ont une activité
militaire, et se doivent donc de batailler
régulièrement
au risque de se voir renverser, l'aspect militaire étant
très important dans les moeurs. Le système
dynastique en place
à l’époque
mérovingienne, va conduire cette dynastie
régnante
à sa perte. En effet, chaque fils d’un roi a droit
à la mort de son père, selon la tradition,
à une
partie du royaume. Il va ainsi se constituer trois
entités-royaumes plus ou moins distinctes selon le moment :
l'Austrasie à l'ouest, la Neustrie au centre, la Bourgogne
à l'est. Le système dynastique entraîne
de
nombreuses divisions du territoire, des dissensions parfois sanglantes,
et le meurtre de nombreux prétendants éventuels
à
la succession. Cela permet à des personnages opportuniste de
s’emparer peu à peu d’une part de plus
en plus
grande du pouvoir. Dagobert 1er s’en aperçoit et
limoge,
en 634, son maire du palais Pépin 1er trop ardent dans ses
prétentions. Mais à sa mort, la
réalité du
pouvoir est accaparée par les maires de palais, à
l’origine des dignitaires chargés du
fonctionnement du
palais royal. Ils profitent de la très grande jeunesse des
deux
nouveaux rois : Clovis II et Sigebert III. Au début, la
charge
de maire du palais est donnée par le roi, mais elle devient
durant le 7ème s. héréditaire. Le roi
reste en
place mais n’a plus aucune fonction,
d’où le nom de
« rois fainéants » qui vient de fait
néant,
c’est-à-dire qui ne fait rien. Cette appellation
est en
grande partie due à Eginhard, l’historiographe de
Charlemagne, afin d’abaisser la dynastie
précédente
et d’exalter la descendance Pépinide de
l’empereur.
C’est cette famille des Pépinides qui va peu
à peu
prendre le pouvoir, tout d’abord en tant que maire du palais
en
Austrasie, puis après diverses luttes contre les autres
dynasties de maires du palais, dans tous les royaumes francs. En 751,
Pépin III s’étant assuré du
soutien du pape
Zacharie, usurpe le pouvoir et enferme le dernier roi
mérovingien Childéric III dans un
monastère.
Partie
NE du
cimetière de Civaux
dans la Vienne,
où est visible une partie de la nécropole. On y
voit de
nombreux sarcophages de pierre, rectangulaires ou
trapézoïdaux. Certains couvercles demi-cylindriques
ont
été taillés dans des colonnes
remployées
appartenant à des monuments gallo-romains. On
aperçoit au
fond la clôture du cimetière, faite de couvercles
dressés. On aperçoit également une
tombe moderne
au fond à droite, la nécropole se
mélangeant au
cimetière moderne.
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Durant
cette période mérovingienne,
l’église
connaît des problèmes à cause des
barbares qui continuent d’arriver sur l’ancien
monde
romain. Le pape Grégoire le Grand, autour de 600,
réorganise alors l’église et entreprend
l’évangélisation avec des moines
itinérants
qui fondent de nombreux édifices monastiques. Les 1ers
monastères, constitués de moines irlandais, vont
s’équiper de scriptorium et produire des
manuscrits
enluminés. Soissons, Corbie, Flavigny en sont les principaux
centres de production. Cet art de l’enluminure est
à la
confluence de divers horizons, tel que des influences barbares, mais
aussi byzantines et irlandaises.
C’est
aussi
l’époque
où l’église
cathédrale devient un pôle entouré
d’églises secondaires, d’un
baptistère,
d’une église de cimetière, du palais de
l’évêque. Les édifices
religieux se
construisent en grand nombre, et l’architecture
mérovingienne, largement issue des traditions romanes prend
son
essor.
Bibliographie
:
Perin Patrick,
Dossiers
d'Archéologie N°303 de Mai 2005 "Les
racines de
l'Europe", page 50,
"Romains et Germains" Intéressant. Dossiers
d'Archéologie
N°297 d'Octobre 2004 "Saint-Denis,
de Sainte
Geneviève
à Suger"