Partie 1
L'HABILLEMENT : Partie 2




LES COIFFURES

On a relevé grâce à certains documents qu’ils pouvaient garder leurs cheveux courts ou les laisser tomber sur la nuque, en teindre la totalité en roux ou seulement une partie, ou les relever sur le sommet du crâne et les natter, les raser par derrière, ne laisser qu'une houppe sur le front. Le port d’une bandelette enserrant les cheveux et nouée derrière avec les extrémités tombant dans le cou est attesté, tout comme les bonnets de cuir noués sous le menton. Peut-être certains portaient-ils la moustache. Il n’a pas été relevé la présence de couvre-chef. Les rois et princes avaient une longue chevelure descendant au-delà des épaules, signe de force et de royauté. Elle n’était coupée que si il y avait destitution du roi. Sur le vase de Gundestrup et les plus anciens sceaux mérovingiens, les rois sont représentés barbus, leur chevelure partagée par une raie au milieu, flottante ou tordue et nouée au-dessus des épaules.
On a peu d’informations sur la coiffure des femmes mérovingiennes. On sait seulement que les jeunes filles laissaient leurs cheveux flottants et que les femmes mariées devaient en faire un chignon. On a retrouvé sur le crâne de squelettes, des épingles à cheveux servant à la coiffure.


LES TEXTILES
     
Le textile n’est que très rarement retrouvé lors de fouilles archéologiques, car sa nature fragile le rend très dépendant des conditions de conservations, lesquelles sont rarement adéquates. On peut retrouver sa présence par les traces qu’il a laissé dans d’autres matériaux, par exemple un tissu posé sur de la terre autrefois humide, va y laisser son empreinte. Des restes de tissus peuvent être retrouvés au contact de métaux rapidement oxydables (ex : fer ou alliages cuivreux) ; le textile est alors soit imprégné, soit recouvert de sels produits lors de la corrosion. Ces derniers remplacent totalement ou partiellement la matière organique et préservent ainsi les tissus. Les textiles ne sont généralement conservés que sur de faibles surfaces, et se maintiennent plus ou moins selon leur nature (ex : le lin tient mieux que la laine). Chez les Mérovingiens, le lin quoique cultivé dès le 5ème s., reste rare dans l’habillement et est probablement importé d’Italie. Il est surtout employé par les gens riches pour la chemise, la tunique légère ou les chausses. Quant à la laine, elle est utilisée couramment pour entre autre les pantalons et culottes. Les décors les plus employés pour les braies sont les rosaces, trèfles, quadri-feuilles et pois. La soie, sans doute importée du monde byzantin, reste un produit de luxe. Les couleurs dominantes sont le rouge, le gris, le vert et le bleu, obtenues à base de teintures végétales. L’utilisation de peaux et de fourrures est sans doute importante, mais elle n’a laissé que peu de traces archéologiques.


PARURES ET ACCESSOIRES

La parure et les accessoires de costume sont d’une grande importance, tant pour les hommes que pour les femmes. Ils témoignent d’un goût marqué pour les bijoux rutilants ou les objets richement décorés, et leur forme et leur évolution traduisent des spécificités ethniques ou géographiques au sein du style ornemental germain. Ce style va tout d’abord être influencé par l’Orient, puis à partir du 7ème s. par la Scandinavie. Les scépultures ont fourni une très abondante documentation sur la parure, notamment celle féminime. Plusieurs techniques sont utilisées pour la décoration : gravure au burin, cloisonnage, émaillerie, damasquinage et placage.

Les boucles de ceinture

La large ceinture portée à la taille se développe à partir du milieu du 6ème s.  Ainsi, ce type de ceinture n’est pas présent dans le costume de la reine Arégonde, que nous venons de voir, daté de la moitié du 6ème s. Les boucles de ceinture et les accessoires de bufflerie sont donc courants. Ils sont communs  aux hommes comme aux femmes. Durant le 6ème s., les boucles, aussi bien en fer qu’en bronze ou qu’en alliage cuivreux, sont le plus souvent de forme ovale, avec un ardillon droit ou scutiforme. On rencontre également des boucles ovales en fer munies d’une plaque quadrangulaire repliée  sur elle-même qui pince le cuir. Dans le dernier quart du siècle apparaissent les plaques-boucles triangulaires, exceptionnellement en fer, le plus souvent en alliage cuivreux.
On a trouvé des contre-plaques semblables aux plaques. Ces plaques sont en général rectangulaires, parfois rondes ou triangulaires pour les pièces de fer forgé, et plus complexes pour celles coulées en bronze blanc imitant l’argent, ou en bronze rouge plus courant. Certaines sont d’un alliage à faible pourcentage d’or ou d’argent, ou encore plaquées. On a retrouvé de rares exemplaires en cristal de roche, en os et en ivoire importé.
A gauche. Plaque-boucle mérovingienne française, fabriquée avec la technique à la cire perdue, en bronze, de 600 ap. JC. Décor géométrique et présence d'un visage masculin stylisé considéré comme un signe de christianisation. 8 cm. A droite. Plaque-boucle féminime wisigothique rectangulaire et cloisonnée, d'Europe du sud-ouest, du 5ème-6ème. Motif central cruciforme composé de 4 inclusions de verre clair autour d'un cabochon central rectangulaire, et entouré d'inclusions de verre ambré. 9,8 cm.


Les fibules et épingles





Avec les armes, la parure féminime est sans doute l’élément le plus spectaculaire du mobilier funéraire. Elle constitue en outre un bon marqueur chronologique, car elle évolue dans le temps selon les régions et les peuples, selon les influences. Les fibules y tiennent une part prépondérante. Objets utilitaires, elles sont aussi dans la plupart des cas, des bijoux précieux qui contribuent à afficher le niveau social de leur propriétaire, selon leur matière (alliage cuivreux, argent…) et leur décor.
Au 6ème s., la mode est de porter deux paires de fibules, soit une paire de petite dimension fermant le haut du vêtement ou bien une fine cape jetée sur les épaules, et une paire de grande dimension fermant le bas du vêtement. Ces paires sont parfois dépareillées.

La faible taille des petites fibules, et donc leur pouvoir d’accrochage moins important, les cantonnent à attacher des vêtements légers ou des parties bougeants peu. L’observation de leur position sur les squelettes montre que dans la majorité des cas, quand elles sont par paire, on les trouve sur la partie supérieure du thorax, pratiquement sur le même axe. En exemplaire unique, on les rencontre au même emplacement, sur la partie inférieure de la poitrine, sur l’épaule. Ces fibules peuvent adopter une forme discoïde ou polygonale cloisonnée de grenats, mais aussi une forme en « S », être zoomorphe (en forme d’animal)… Le cloisonnement est issue du monde byzantin et s’est diffusés dans les régions septentrionales (du nord des Alpes au sud de l’Angleterre), par l’intermédiaire de fibules byzantines cloisonnées. Adoptées par les Francs de Rhénanie dans la 1ère moitié du 6ème s., ils vont alors les produire dans des ateliers locaux. La petite fibule zoomorphe, qui se fait déjà à l’époque romaine mais sous une forme différente, représente surtout des cigales, des oiseaux de proie à bec crochu et des serpents à deux têtes. Elle est apportée par les Ostrogoths et les Wisigoths. La fibule en S offre une ressemblance avec le serpent scandinave, mais évoque un thème oriental. Plus tard, elle va évoluer vers une forme fermée en huit. Les fibules discoïdes « à umbo » sont portées en exemplaire unique sur le thorax, elles apparaissent en milieu franc à la fin du 6ème s. et sont quasiment absentes du domaine alamanique. La fibules à rayons, ornée de guillochures, d’origine peut-être scandinave, n’est pas connue chez les Burgondes. Elle se plaçe vers l’abdomen pour retenir un vêtement de dessus, plus haut, pour draper la tunique de dessous.

Les grandes fibules ansées sont fixées entre les membres inférieurs, et ferment les étoffes lourdes tels que la robe. Elle comporte un crochet de sécurité, et la paire peut être reliée par une chaînette. Dans la nécropole d’Erstein (Alsace), on a retrouvé des fibules en argent coulé à la cire perdue, et doré au mercure, ce qui témoigne du haut niveau social de leur propriétaire. Ces fibules ansées peuvent être digitées, porter un décor de chevrons, des représentations de têtes de monstres… A la fin du 6ème s, la mode du port de deux paires de fibules disparaît et laisse place à la coutume de ne porter qu’une seule fibule sur la partie supérieure du thorax. Enfin, au 8ème s., elles disparaissent peu à peu.

Les épingles servent aussi à attacher les vêtements, surtout au niveau de la poitrine, ou tenir la coiffure. Ce sont de longues et larges tiges qui peuvent être très ornées. Les bractiates, venus des pays nordiques, sont des épingles d’attache à disque, reproduisant le plus souvent des monnaies.
En haut. Fibules féminimes en argent doré et niellé, de Rhénanie, datées entre 540 et 590. La terminaison inférieure zoomorphique symbolise la tête d'un animal fabuleux. La tête rectangulaire est composée de deux registres ornés de frises géométriques. Les différents registres sont séparés par une frise niellée. 10 cm Paire de fibules discoïdales décorées de verre rouge cloisonné, du cimetière du quartier de Manchester à Charleville-Mézieres (6ème s.). Musée de l'Ardenne à Charleville-Mézieres. Photo du musée.


Les bagues, boucles d’oreille, colliers et bracelets, perles



Les bagues sont courantes dans les nécropoles du nord-est de la Gaule. Elles rappellent en général les formes romaines, avec des intailles souvent grossièrement imitées. Mais il existe aussi des bagues constituées d’un fil d’argent ou d’un fil d’alliage cuivreux enroulé, pouvant être décoré d’incisions transversales. Le jonc peut comporter une nacre montée en bâte.

Les boucles d’oreilles sont employées communément et se répartissent en deux types. Le 1er type est constitué par des anneaux avec pendeloques de bronze ou d’ambre, d’influence orientale. Le 2nd type comporte des boutons de forme géométrique incrustés de verroterie ou d’ivoire, d’influence goth. Il sont plus soignés.

Les colliers sont d’ambre vrai ou faux, de perles de verre, de céramique émaillée ou de pâte de verre colorée, plus rarement de pendeloques d’or. Quant aux bracelets, ils paraissent n’avoir servi qu’aux femmes et aux enfants. Ils sont soit en or, soit en bronze naturel ou doré, soit en verre et parfois en forme de grains.

La grande majorité des perles sont en verre (verre translucide ou verre opaque, souvent agrémenté de filets ou de points de couleur), mais on retrouve aussi, bien que plus rarement, des perles en améthyste, en ambre, en nacre et en alliage cuivreux. Leurs formes et leurs tailles sont d’une grande diversité : annulaires, sphériques, biconiques, tubulaires, parallélépipédiques, polyédriques… Leur taille va du demi-millimètre à un diamètre de 20 mm pour les perles cylindriques à chevrons, sans compter les grosses perles uniques utilisées par les châtelaines, de plus grand diamètre encore. Le percement peut être carré, circulaire, conique, trapézoïdale…


En haut. Perles mises au jour dans des tombes de la nécropole d'Erstein (6ème-7ème s.)

En bas. Bague retrouvée dans une tombe féminime (7ème s.) sous l'église romane de Neuvy-Pailloux.



Les châtelaines et les pendentifs

La châtelaine, accrochée à la ceinture et permettant la suspension des amulettes et des objets de la vie quotidienne, peut-être lestée d’une grosse perle de verre à son extrémité, ou encore d’un pendentif en os hémisphérique dont une face est gravée d’un cercle et d’ocelles. Ce sont là des éléments de parure très abondants au 6ème siècle entre Meuse et Rhin. Dans les tombes du 6ème, la châtelaine est simplement constituée d’un lien végétal ou de cuir, parfois fixé à un ou plusieurs anneaux en fer, en alliage cuivreux ou encore en plomb. La châtelaine se terminant par un dé de pyrite pourvu d’une monture d’alliages cuivreux est un modèle dont on connaît de rares exemplaires en Europe occidentale. Une sphère en cristal de roche à monture d’argent est l’apanage des riches tombes féminimes du 6ème s.
Les pendentifs à dents de castor sont d’une extrême rareté en milieu mérovingien. Des cyprés, coquillages marins venus de la Mer rouge sont considérés comme des amulettes de fécondité. Leur usage remonte à la période romaine en Europe, et s’est répandu durant le haut Moyen Age en Europe centrale et les milieux germaniques, et donc en Gaule. Ces pendentifs sont parfois fixés à une fibule.

Les aumônières

Ce sont des pochettes, le plus souvent en cuir, plus rarement en bois pourvues d’un fermoir en fer ou exceptionnellement de garnitures en alliage cuivreux coulé. Elles sont fixées à la ceinture, sur l’abdomen ou dans les dos, par un lien ou une rouelle de suspension (plaque ajourée rectangulaire ou circulaire ornée de motifs très variés comme des figures géométriques ou un cavalier à la lance). Elles contiennent les monnaies, des couteaux, des épingles, des silex, des alênes, des pinces à épiler, des briquets ou encore de menus objets chargés pour le possesseur d’une valeur symbolique : monnaies romaines, fragments de verre, tesson de céramique sigillée, perle, cupule d’alliage cuivreux.