Les
documents
précis nous
renseignants sur le costume mérovingien sont rares, et
concernent surtout le
début de la France mérovingienne, grâce
à la
coutume des Francs et Alamans,
d’inhumer leurs morts vêtus, armés et
parés,
au lieu de les incinérer comme
chez les Gallo-Romains. Au cours de la période
mérovingienne, ces pratiques
d’inhumations à dépôts vont
avoir tendance
à baisser, jusqu’à
disparaître au 8ème
s., nous privant de cette source principale d’informations.
Ce
changement
culturel étant induit par l’action de
l’Eglise
contre ces inhumations païennes.
Les documents à disposition que sont
l’iconographie
(stèles funéraires,
illustrations de psautiers), quelques textes, ainsi qu’une
documentation
archéologique lacunaire, rendent possible la reconstitution
des
grandes lignes
du costume. Seule la dimension matérielle peut
être
appréhendée avec quelque
certitude, la dimension sociale qui devait varier en fonction de
l’âge, du
statut matrimonial, de la situation sociale… nous
échappe
largement. En outre,
les principales découvertes archéologiques
concernent
surtout des personnages
de l’aristocratie, et donc une frange limitée de
la
société mérovingienne.
LES
VETEMENTS ET LES ARMES
A
partir du 5ème
s.,
le costume des populations germaniques se modifie au contact du monde
romain.
Hommes et femmes adoptent de longues tuniques cousues, munies de
manches
longues décorées de galons, et retenues
à la
taille par une ceinture. Le
costume féminin possède de nombreuses variantes
tandis
que le costume masculin
est plus uniforme. Ils ont en commun, la camisia ou tunique de
dessous,
la tunique, le pallium ou manteau
rectangulaire. Un certain nombre de gens adopteront tout ou partie du
costume romain que nous ne traitons pas ici.
Le
costume masculin
Ce dernier
reflète le caractère
militaire de tous les peuples d’Europe de
l’époque
mérovingienne et les rares
figurations qui nous sont parvenues, jointes aux objets de
sépulture, ne
permettent pas de différencier le costume civil du costume
de
guerre.
L’iconographie atteste le port d’un pantalon
serré
ou de braies, et d’une
tunique couvrant les genoux, serrée à la taille
par un
gros ceinturon en cuir à
plaques-boucles. La gonelle, tunique de peau
à manches
longues ou
courtes descend jusqu’aux genoux. La plupart du temps, elle
est
bordée de
galons et serrée à la taille par une ceinture.
Elle est
souvent représentée aux
7ème
et 8ème
s. avec des plis
plus
ou moins gros. Une
sacoche contenant de petits objets (briquet, silex, petit
couteau…) est
généralement portée sur un
côté, les
armes (sacramasax, épée, poignard)
suspendues du côté opposé. Une cape
peut couvrir
les épaules, longue chez les
Francs, elle est plus courte chez les Alamans. Au cours du 7ème
s.,
le port du manteau à manches longues semble se
répandre.
Les jambes sont
gainées de bas en tissu de laine ou de lin ou de bandes
molletières, retenus par
de fines lanières munies de passe-courroies en
métal et
de petites boucles pour
en assurer le maintien. Les hommes mettent des chaussures
fermées, de cuir plus
ou moins préparé, souvent couvert du poil des
bêtes. Elles sont fendues sur le
dessus de pied et maintenues par des lacets sur le coup-de-pied ou par
des
lanières entrecroisées, souvent très
longues et
montant jusqu’à mi-jambe. Ils pouvaient aussi
porter des
bottes de cuir. Quelques tombes ont livrées des petites
boucles
de
chaussures en
alliage
cuivreux dont l’emploi va croissant à partir de la
fin du 6ème
s.
Une statuette
du 4ème
ou 5ème
s., des collections
de Dumbarton
Oaks nous a
conservé
l’aspect d’un costume mérovingien. Cette
statuette
d’or représente un homme
debout et sans armes, aux cheveux peignés tombant sur la
nuque,
les jambes et les
pieds nus. Sa tunique qui descend jusqu’aux genoux est
ajustée à la taille,
ceci impliquant une forme courte. Elle est
décorée
d’un semis d’ornements
quadrilobes disposés verticalement et formant dans le bas du
vêtement, une
bande horizontale. Selon
Bourdieu, les vêtements officiels de l’Empire
d’Orient sont devenus costumes
d’apparat de l’aristocratie franque. Ainsi, le roi
porterait la chlamyde (ou
toge fendue byzantine), insigne de dignité, la tunique
pourpre
à manches
brodées serrée autour du corps par une double
écharpe, des chausses tissées en
rond et des culottes courtes.
Ci-contre
:
Restitution
du costume
complet d'un homme (Dessin de Thierry Logel dans le catalogue
d'exposition
Trésors
mérovingiens d'Alsace : La nécropole d'Erstein
(6è-7è siècle après J.-C.),
Strasbourg, Editions des musées de Strasbourg, 96 p.)
Ci-dessous : Reconstitution du costume d'un guerrier franc de niveau
social médian du 5ème/6ème
siècle par Rodoric (Publiées avec son
autorisation : Site
internet : http://rodoric.skynetblog.be).
Une fibule
cruciforme, sur l'épaule, retient une longue cape
qui fait
office de manteau. Rodoric a opté pour deux
ceintures,
l'une d'elle supporte une sacoche ainsi qu'un langsax ou breitsax dans
son fourreau. Un Bouclier à umbo complète
l'équipement militaire. Pour des photos plus
détaillées, n'hésitez pas à
consulter la
catégirie 5ème/7ème
de son
site internet.
Les
Mérovingiens revêtaient probablement pour le
combat une
sorte de cotte à
manches en mailles de fer ou en cuir ou un justaucorps de toile,
matelassés, cloutés ou avec des plaques
de
métal. Ils portaient une ceinture de cuir à
boucle
ornée,
où s’attachaient des armes et
divers accessoires.
La panoplie
« idéale »
du guerrier mérovingien
comprend, au début du 6ème
s.,
l’épée longue, le bouclier à
umbo,
l’angon (lance), le long couteau à un tranchant ou
« scramasaxe », la
hache à double tranchant (appellée francisque
beaucoup
plus tard) ainsi qu'un arc. La possession de tel ou tel
type
d’arme est liée à
un statut social. Ainsi, on retrouve presque tous ces types
d’armes accompagnés
d’harnachements de chevaux, dans les tombes les plus riches.
Les
tombes de guerriers les
plus pauvres ne livreront qu’une arme.
L’épée longue est très
souvent
portée à droite, le bouclier donc, à
gauche. Le
scramasaxe est porté à la
ceinture. La tête n’était
protégée que
par l’enroulement des cheveux, ce qui explique
pourquoi les combattants tenaient tant à leur chevelure,
dont la
privation
était pour eux signe de défaite ou de soumission.
Le
casque est rare car très cher, il est donc
réservé
à l'élite ou aux soldats d'élite.
Umbo
: pièce
métallique placée sur le devant des boucliers et
qui a
pour but de parer autant que possible les coups. Les boucliers
étant souvent en bois, c'est avec la manipule (la
poignée) la pièce la plus trouvée de
cette partie
de l'armement.
Le
costume féminin
Le
costume
féminin est moins
connu. On sait cependant qu’il peut se
composer, d’une
tunique de dessous
et d’une robe atteignant les tibias et maintenue à
la
taille par une ceinture à
plaque-boucle, ou de deux tuniques superposées, ou
d’une
tunique longue avec un
manteau attaché aux épaules. A cela, on peut
rajouter une
longue cape arrivant
aux genoux. Les jambes étaient gainées de bas en
tissu de
laine ou de lin ou de
bandes molletières, retenus par de fines lanières
munies
de passe-courroies en
métal et de petites boucles pour en assurer le maintien. Les
chaussures des
femmes sont plus fines que celles des hommes, ont le cuir
orné
de dessins, avec
des languettes fixées sur le cou-de-pied par une bande ou
par de
légères
bandelettes terminées par des ferrets sous les genoux. On a
aussi trouvé des
chaussures féminimes faites en tissu de chanvre. En
1959, des
fouilles réalisées
dans la basilique de Saint-Denis ont permises la mise au jour du
sarcophage de
la reine Arégonde (mi 6ème
s.), femme de
Clotaire Ier. Des
conditions de conservation exceptionnelles ont permis grâce
aux
textiles encore
abondants, de reconstituer la totalité du costume que
portait la
reine lors de
son inhumation. Celle-ci a été ensevelie dans une
chemise
en fine toile de
laine s’arrêtant sans doute aux genoux, tout comme
la robe
qui lui était
superposée. Cette dernière était de
soie
côtelée
violet-indigo, maintenue à la taille
par une large ceinture en cuir décorée de
plaques-boucles. Par-dessus la robe,
une longue tunique de soie brun-rouge doublée
d’une toile
de lin, ouverte sur
le devant, présentait de larges manches à bandes
de satin
rouge garnies d’un
galon brodé d’or. Elle était
fixée par des
fibules rondes et une grande
aiguille d’or, ainsi que par une large ceinture entourant la
taille et croisée
dans le dos, puis revenant se nouer en bas du ventre. Un long voile de
satin
rouge couvrait la tête et descendait
jusqu’à la
taille. Il était sans doute
fixé sur la tunique par deux épingles
d’or. Elle
portait des sortes de chausses
de toile de laine retenues par des lanières
croisées. Ces
chausses étaient
recouvertes de botillons de cuir noir tenus par des lanières
rejoignant une
jaretière. Entre la tunique et la robe, on a
trouvé un
large baudrier fermé par
une très grande garniture de plaque et contre-plaque. Le
vêtement de
Bathilde de Chelles
(mi-7ème
s.),
épouse de Clovis II, a été
conservé
également, dans un reliquaire de l’abbaye
de Chelles. Il comporte une tunique de lin à broderies de
soie
colorées imitant
des bijoux, une grande robe à manches longues en fin tissu
de
lin, un châle à
franges, de même qu’un grand manteau
semi-circulaire en
soie rouge et jaune
décorés de rubans tissés de motifs
géométriques et animaliers. Ci-contre
:
Restitution
du costume
complet d'un homme (Dessin de Thierry Logel dans le catalogue
d'exposition
Trésors
mérovingiens d'Alsace : La nécropole
d'Erstein
(6è-7è siècle après
J.-C.),
Strasbourg, Editions des musées de Strasbourg, 96 p.)