Partie 2
L'HABILLEMENT : Partie 1






UNE DOCUMENTATION LACUNAIRE

Les documents précis nous renseignants sur le costume mérovingien sont rares, et concernent surtout le début de la France mérovingienne, grâce à la coutume des Francs et Alamans, d’inhumer leurs morts vêtus, armés et parés, au lieu de les incinérer comme chez les Gallo-Romains. Au cours de la période mérovingienne, ces pratiques d’inhumations à dépôts vont avoir tendance à baisser, jusqu’à disparaître au 8ème s., nous privant de cette source principale d’informations. Ce changement culturel étant induit par l’action de l’Eglise contre ces inhumations païennes. Les documents à disposition que sont l’iconographie (stèles funéraires, illustrations de psautiers), quelques textes, ainsi qu’une documentation archéologique lacunaire, rendent possible la reconstitution des grandes lignes du costume. Seule la dimension matérielle peut être appréhendée avec quelque certitude, la dimension sociale qui devait varier en fonction de l’âge, du statut matrimonial, de la situation sociale… nous échappe largement. En outre, les principales découvertes archéologiques concernent surtout des personnages de l’aristocratie, et donc une frange limitée de la société mérovingienne.


LES VETEMENTS ET LES ARMES

A partir du 5ème s., le costume des populations germaniques se modifie au contact du monde romain. Hommes et femmes adoptent de longues tuniques cousues, munies de manches longues décorées de galons, et retenues à la taille par une ceinture. Le costume féminin possède de nombreuses variantes tandis que le costume masculin est plus uniforme. Ils ont en commun, la camisia ou tunique de dessous, la tunique, le pallium ou manteau rectangulaire. Un certain nombre de gens adopteront tout ou partie du costume romain que nous ne traitons pas ici.

Le costume masculin

Ce dernier reflète le caractère militaire de tous les peuples d’Europe de l’époque mérovingienne et les rares figurations qui nous sont parvenues, jointes aux objets de sépulture, ne permettent pas de différencier le costume civil du costume de guerre. L’iconographie atteste le port d’un pantalon serré ou de braies, et d’une tunique couvrant les genoux, serrée à la taille par un gros ceinturon en cuir à plaques-boucles. La gonelle, tunique de peau à manches longues ou courtes descend jusqu’aux genoux. La plupart du temps, elle est bordée de galons et serrée à la taille par une ceinture. Elle est souvent représentée aux 7ème et 8ème s. avec des plis plus ou moins gros. Une sacoche contenant de petits objets (briquet, silex, petit couteau…) est généralement portée sur un côté, les armes (sacramasax, épée, poignard) suspendues du côté opposé. Une cape peut couvrir les épaules, longue chez les Francs, elle est plus courte chez les Alamans. Au cours du 7ème s., le port du manteau à manches longues semble se répandre. Les jambes sont gainées de bas en tissu de laine ou de lin ou de bandes molletières, retenus par de fines lanières munies de passe-courroies en métal et de petites boucles pour en assurer le maintien. Les hommes mettent des chaussures fermées, de cuir plus ou moins préparé, souvent couvert du poil des bêtes. Elles sont fendues sur le dessus de pied et maintenues par des lacets sur le coup-de-pied ou par des lanières entrecroisées, souvent très longues et montant jusqu’à mi-jambe. Ils pouvaient aussi porter des bottes de cuir. Quelques tombes ont livrées des petites boucles de chaussures en alliage cuivreux dont l’emploi va croissant à partir de la fin du 6ème s.            
Une statuette du 4
ème ou 5ème s., des collections de Dumbarton Oaks nous a conservé l’aspect d’un costume mérovingien. Cette statuette d’or représente un homme debout et sans armes, aux cheveux peignés tombant sur la nuque, les jambes et les pieds nus. Sa tunique qui descend jusqu’aux genoux est ajustée à la taille, ceci impliquant une forme courte. Elle est décorée d’un semis d’ornements quadrilobes disposés verticalement et formant dans le bas du vêtement, une bande horizontale.
Selon Bourdieu, les vêtements officiels de l’Empire d’Orient sont devenus costumes d’apparat de l’aristocratie franque. Ainsi, le roi porterait la chlamyde (ou toge fendue byzantine), insigne de dignité, la tunique pourpre à manches brodées serrée autour du corps par une double écharpe, des chausses tissées en rond et des culottes courtes.


Ci-contre : Restitution du costume complet d'un homme (Dessin de Thierry Logel dans le catalogue d'exposition Trésors mérovingiens d'Alsace : La nécropole d'Erstein (6è-7è siècle après J.-C.), Strasbourg, Editions des musées de Strasbourg, 96 p.)

Ci-dessous : Reconstitution du costume d'un guerrier franc de niveau social médian du 5ème/6ème siècle par Rodoric (Publiées avec son autorisation : Site internet : http://rodoric.skynetblog.be
). Une fibule cruciforme, sur l'épaule, retient une longue cape qui fait office de manteau.  Rodoric a opté pour deux ceintures, l'une d'elle supporte une sacoche ainsi qu'un langsax ou breitsax dans son fourreau. Un Bouclier à umbo complète l'équipement militaire. Pour des photos plus détaillées, n'hésitez pas à consulter la catégirie 5ème/7ème de son site internet.
Reconstitution du costume d'un soldat mérovingien Reconstitution du costume d'un soldat mérovingien

Les Mérovingiens revêtaient probablement pour le combat une sorte de cotte à manches en mailles de fer ou en cuir ou un justaucorps de toile, matelassés, cloutés ou avec des plaques de métal. Ils portaient une ceinture de cuir à boucle ornée, où s’attachaient des armes et divers accessoires. La panoplie « idéale » du guerrier mérovingien comprend, au début du 6ème s., l’épée longue, le bouclier à umbo, l’angon (lance), le long couteau à un tranchant ou « scramasaxe », la hache à double tranchant (appellée francisque beaucoup plus tard) ainsi qu'un arc. La possession de tel ou tel type d’arme est liée à un statut social. Ainsi, on retrouve presque tous ces types d’armes accompagnés d’harnachements de chevaux, dans les tombes les plus riches. Les tombes de guerriers les plus pauvres ne livreront qu’une arme. L’épée longue est très souvent portée à droite, le bouclier donc, à gauche. Le scramasaxe est porté à la ceinture. La tête n’était protégée que par l’enroulement des cheveux, ce qui explique pourquoi les combattants tenaient tant à leur chevelure, dont la privation était pour eux signe de défaite ou de soumission. Le casque est rare car très cher, il est donc réservé à l'élite ou aux soldats d'élite.

Umbo : pièce métallique placée sur le devant des boucliers et qui a pour but de parer autant que possible les coups. Les boucliers étant souvent en bois, c'est avec la manipule (la poignée) la pièce la plus trouvée de cette partie de l'armement.


Le costume féminin

Le costume féminin est moins connu. On sait cependant qu’il peut se composer, d’une tunique de dessous et d’une robe atteignant les tibias et maintenue à la taille par une ceinture à plaque-boucle, ou de deux tuniques superposées, ou d’une tunique longue avec un manteau attaché aux épaules. A cela, on peut rajouter une longue cape arrivant aux genoux. Les jambes étaient gainées de bas en tissu de laine ou de lin ou de bandes molletières, retenus par de fines lanières munies de passe-courroies en métal et de petites boucles pour en assurer le maintien. Les chaussures des femmes sont plus fines que celles des hommes, ont le cuir orné de dessins, avec des languettes fixées sur le cou-de-pied par une bande ou par de légères bandelettes terminées par des ferrets sous les genoux. On a aussi trouvé des chaussures féminimes faites en tissu de chanvre.
En 1959, des fouilles réalisées dans la basilique de Saint-Denis ont permises la mise au jour du sarcophage de la reine Arégonde (mi 6ème s.), femme de Clotaire Ier. Des conditions de conservation exceptionnelles ont permis grâce aux textiles encore abondants, de reconstituer la totalité du costume que portait la reine lors de son inhumation. Celle-ci a été ensevelie dans une chemise en fine toile de laine s’arrêtant sans doute aux genoux, tout comme la robe qui lui était superposée. Cette dernière était de soie côtelée violet-indigo, maintenue à la taille par une large ceinture en cuir décorée de plaques-boucles. Par-dessus la robe, une longue tunique de soie brun-rouge doublée d’une toile de lin, ouverte sur le devant, présentait de larges manches à bandes de satin rouge garnies d’un galon brodé d’or. Elle était fixée par des fibules rondes et une grande aiguille d’or, ainsi que par une large ceinture entourant la taille et croisée dans le dos, puis revenant se nouer en bas du ventre. Un long voile de satin rouge couvrait la tête et descendait jusqu’à la taille. Il était sans doute fixé sur la tunique par deux épingles d’or. Elle portait des sortes de chausses de toile de laine retenues par des lanières croisées. Ces chausses étaient recouvertes de botillons de cuir noir tenus par des lanières rejoignant une jaretière. Entre la tunique et la robe, on a trouvé un large baudrier fermé par une très grande garniture de plaque et contre-plaque.
Le vêtement de Bathilde de Chelles (mi-7
ème s.), épouse de Clovis II, a été conservé également, dans un reliquaire de l’abbaye de Chelles. Il comporte une tunique de lin à broderies de soie colorées imitant des bijoux, une grande robe à manches longues en fin tissu de lin, un châle à franges, de même qu’un grand manteau semi-circulaire en soie rouge et jaune décorés de rubans tissés de motifs géométriques et animaliers.

Ci-contre : Restitution du costume complet d'un homme (Dessin de Thierry Logel dans le catalogue d'exposition Trésors mérovingiens d'Alsace : La nécropole d'Erstein (6è-7è siècle après J.-C.), Strasbourg, Editions des musées de Strasbourg, 96 p.)