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I) INTRODUCTION

            C’est au Haut Moyen Age, que l’enluminure va connaître un véritable essor. Elle a un rapport étroit avec le texte, qui conditionne son expression. La décoration est un moyen permettant de souligner l’écrit. Si l’art de l’enluminure est typiquement médiéval, la peinture sur documents écrits a été utilisée du temps des égyptiens, des grecs et des romains. C’est au IVèmes. qu’apparaissent les premières peintures de manuscrits paléochrétiennes, fortement influencées par l’art romain de la peinture. Au Vème, il apparaît dans une page d'un manuscrit romain de Virgile, qu'on a intitulé Vergilius Augusteus la première initiale décorée. C’est un signe annonciateur de ce que va être l’enluminure mérovingienne, une peinture à l’origine dédiée à l’ornementation des lettrines.


II) ORIGINE ET DIFFUSION

1) Origine :

            On ne connaît pas encore l’origine de l’enluminure mérovingienne. Certains y voit une création occidentale, d’autres, un système de décoration venu d’Orient. L’ornementation des livres mérovingiens est incontestablement marquée, à des degrés divers, par une forte influence orientale, par l’art insulaire (les îles britanniques), l’art germanique et une esthétique de la basse antiquité. L’enluminure mérovingienne est en tout cas née à la fin de la dynastie, au 7ème, et va connaître rapidement un certain essor.

2) Principaux centres :

            L’enluminure mérovingienne suit une diffusion allant du sud-est au nord du royaume. C’est au couvent de Luxeuil (Haute-Saône), monastère fondé en 590 par le missionnaire irlandais Colomban, que sont produits les premiers manuscrits. Le premier ouvrage daté de ce lieu est de 669. Suivent alors à la fin du VIIèmes. les œuvres principales du couvent marquant le début de son apogée dans l’enluminure, le Missale gothicum (Biblio Vaticane) et le Lectionnaire de Luxeuil (BN Paris). En 732, Luxeuil est détruite par les Sarrasins. Son style néanmoins va se propager parmi ses dépendances. Ainsi au cloître de Corbie, crée vers 660, le Gregorius Leningrad ressemble en tous points à celui des manuscrits de Luxeuil. Ce cloître va ensuite se démarquer vers l’an 700, en accordant une plus grande place au dessin.
            D’autres écoles travaillaient au nord et à l’est du royaume, mais pour l’instant il est difficile de les localiser plus précisément. Un groupe important de manuscrits, dont le Sacramentarium Gelasianum (autour de 700, au Vatican), pourrait être l’œuvre du couvent de Chelles. En outre, de récentes découvertes paléographiques semblent attribuer à Meaux le Sacramentaire de Gellone (fin VIIIèmes., à la Biblio Nat de Paris) considéré longtemps comme issu du sud de la France. 


III) LES CARACTERISTIQUES DE CETTE PEINTURE

1) Les manuscrits produits :

            Simultanément à la première floraison de la miniature dans les îles britanniques, l’ornementation connaît un essor dans le royaume des Mérovingiens. Cependant, ainsi que le montre le choix des textes, les buts poursuivis sont différents. L’Irlande et l’Angleterre enluminent surtout des Evangiles, qu’ils multiplient afin de répandre leur foi. Les couvents « français », par contre, préfèrent travailler pour leur propre foi. Ainsi, ils s’occupent surtout d’enluminer des livres liturgiques et théologiques avec une prédilection pour les œuvres des Pères de l’Eglise, surtout celles de saint Augustin et de saint Grégoire. La rareté des Evangiles dans l’enluminure mérovingienne semble indiquer qu’à l’illustration du Verbe divin, on préfère alors illustrer l’adaptation qu’en fait l’Eglise. Les manuscrits de la période mérovingienne ne dévoilent presque rien du contexte qui a amené leur production. 

2) Les principales formes d’ornementation :

a) Caractéristiques générales des lettrines :

            L’ornementation des lettres est l’élément le plus important des enluminures mérovingiennes, au point qu’elle est parfois la seule utilisée. Elle surpasse même en ce domaine l’art insulaire. Les initiales et ornementations vont devenir avec le temps, de plus en plus grandes, de plus en plus nombreuses, et de plus en plus créatives.
            Contrairement à l’enluminure insulaire, la peinture de manuscrit mérovingienne n’utilise pas les grandes lettrines occupant une page entière, et qui jouent le rôle de monogrammes sacrés. Ses initiales sont comprises dans le texte, ou forment des titres décorés et rehaussés d’arcades ornementales. Si l’art de la calligraphie est spécifique de l’enluminure mérovingienne et insulaire, l’artiste préfère pour les lettrines, quand cela est possible, utiliser le compas ou la règle qui nécessite une moins grande habileté que la main levée. Un simple cercle suffit pour un O ou bien le corps d’un D en onciale. Les lignes droites du R, du P, du T peuvent être allongées avec une règle, vers le bas, jusqu’à former une bordure décorative le long du texte.

b) Les animaux :

            Les lettres composées de poissons et d’oiseaux sont caractéristiques de l’art de l’enluminure mérovingienne et permettent de la reconnaître aisément. Le motif du poisson est le plus représenté. Le motif des oiseaux ornait les culs-de-lampe des manuscrits de la basse antiquité. Par mélange de formes géométriques et zoomorphes dans la construction des majuscules, l’artiste donne aux animaux, à la fois le statut d’êtres vivants représentés pour eux-mêmes et celui de représentations géométriques abstraites. Toutefois, dans les manuscrits les plus anciens, les contours des animaux, très fins, sont avant tous ceux des lettres, et des motifs végétaux colorés peuvent remplir leurs corps. Le jambage des lettres est alors à la fois la représentation plane d’un animal, et une bordure ornementale. Les contraintes géométriques s’affranchissent ensuite, et les oiseaux et poissons deviennent de plus en plus réels. Parfois, des quadrupèdes ont le dos courbé pour suivre le contour des lettrines. Les initiales prennent avec le temps une plastique plus prononcée, créant un alphabet figuré.
            Bien sûr, les motifs d’animaux tels que poissons, oiseaux, félins, sont aussi traités comme décoration extérieure à l’ornementation des lettres.


Sacramentarium Gelasianum (milieu VIIIèmes) fait à Chelles ? Folio 132 recto